J’anticipe…demain, samedi 4 juillet, un reportage passe dans la matinale de France Inter… Alors peut-être que le site internet de Lucie risque d’être à nouveau bien sollicité comme lorsque le 16 février 2019, Christine Siménone, que je salue au passage, fit un reportage sur le film. Ce qui m’ouvrit de nombreuses portes !

Vite alors je mets mon site à jour. Vite, je me dis que c’est le moment de publier ce que je ressens depuis cette crise sanitaire…

J’ai commencé le film de Lucie en janvier 2018, 10 ans après le tournage.. Nous sommes à la mi 2020 et je tourne enfin la page de Lucie, je passe le relais à Seven Doc pour la distribution du DVD, et à Hugues Laurent, compositeur de la musique du film, successeur de Lucie dans son hameau,  le soin de représenter le film en salle.

Je n’ai pas communiqué depuis le COVID. Comme un blocage, pas l’envie d’en rajouter aux milliers de post que l’on arrivait déjà plus à écluser…Pas envie de participer à tout cela. Ni l’envie de donner mon avis, tout est dit. La situation était à la fois trop triste et trop absurde. Et Lucie disait déjà tout.

Je crois que l’important c’est que chacun ai (re)trouvé suite à cette crise, ses priorités, ses valeurs.

Moi, jai eu peur. Durant quelques jours, peur que tout par en vrille… peur de ne plus pouvoir me nourrir, peur de la dépendance au système. Alors, cela a précipité notre départ en Ardèche. En trois mois, j’ai embarqué ma famille, trouvé une location, et nous voici ardéchois. Une étape ou installation définitive ? tout ce que je sais, c’est que plus jamais je n’habiterai dans une ville. Et que sentir la nature vibrer autour de soi, cela change la vie…

Mon essentiel, je l’ai compris grâce au confinement. Avoir du temps. Sentiment de calme intérieur jamais ressentit jusqu’alors. Le cœur du monde s’était ralentit. le miens avec. Pour autant, je me suis remise au travail, et à fond  ! choquée par le fait que nous étions devenu soudain complètement tributaires. J’ai voulu valoriser le travail des agriculteurs près de chez moi…

J’ai donc commencé un film sur mes amis agriculteurs du village de l’agglomération grenobloise ou j’habitais, il y a encore 15 jours. Un film qui s’annonçait fort, mais qui s’est interrompu avant mon départ de l’agglomération grenobloise. J’espère que le tournage reprendra, mais pour l’instant nous ne pouvons pas continuer pour des raisons qui sont de l’ordre personnel. Voici le teaser de ce film en devenir…que Sésame Films, production de films indépendants pour le Cinéma, a soutenu dans ses premiers balbutiements. Je remercie ici sa productrice, Florence Borelly. Je vous partage le lien, pour le plaisir, sans enjeu pour le moment :

Aujourd’hui, J’ai déménagé, et j’ai trouvé à nouveau du temps. Aujourd’hui, je ne sais plus… le temps parait si précieux, et faire des films et tellement difficile, c’est une telle bataille et c’est tellement chronophage !
Alors, je me laisse le temps, de reprendre les tournages, ici ou ailleurs, de filmer les traces de vie.
J’espère continuer à faire des films, si je trouve les moyens et du soutien.

Mais ce que je souhaite avant tout, c’est sentir passer dans mes veine le temps qui passe. regarder ma petite plante pousser, Alizée. Et être là pour mes garçons. Durant 2 ans j’ai couru de partout pour promouvoir mon film. Et puis je me suis arrêtée, abattue, j’ai réalisé que je passais à côté de l’essentiel : ma propre vie. A quoi bon faire des films à caractère « humanistes », si dans sa propre vie on ne respecte plus ses propres valeurs ? pour cela peut-être, je ne réussirai jamais à exploiter ma passion qui est de faire des films, mais j’aurais réussi à faire ma vie. Ce sont aussi les mots de mon grand-père, Jean Loridon, le jour de ses 80 ans, où ils nous a tous mis larmes aux yeux. Il avait mis volontairement la priorité sur sa famille, une famille soudée, au détriment de sa carrière, car c’était un homme brillant. Je ne parle même pas de Berthe, ma grand-mère, femme d’esprit qui demeura mère au foyer toute sa vie, et qui a su garder son sens critique et son humour aiguisé jusqu’à son dernier souffle. Pensée au passage à tous mes « couz » adorés qui comme moi sont très attachés à cet esprit de famille. Bref, une famille soudée, ça ne se construit pas en claquant des doigts. C’est un sacrifice de chaque jour, au sens sacré. C’est ce que j’aime chez cette famille de paysans que j’ai filmé à Murianette.

J’ai 44 ans et encore 3 films dans la tête. Si je travaille jusqu’a 80 ans, cela me laisse encore un peu de temps !!! rires. L’histoire de mes voisins cambodgiens, que je travaille depuis 2014.  Des héros sorti vivants du génocide Khmers Rouges. Un grand sage qui connait la valeur de chaque instant de vie, puisqu’il est passé mille fois entre les mailles du filet. Sa vie est un roman, une Odyssée. J’ai aussi un film sur les anciens de mon village, qui dort dans les tiroirs depuis 2015…interviewés par les enfants du village. Un autre film en tête, peut-être que je commencerait en septembre, ma vie au quotidien avec ma fille que nous avons déscolarisée : comment apprendre à penser librement ? Je déstructure tout mes schémas. J’ai mis tellement de temps à apprendre à sortir des miens, alors je veux aujourd’hui offrir à ma fille la possibilité de devenir libre ! Et pourquoi pas filmer cette aventure, avec tous les doutes, les peurs, les joies, les surprises que cela va nous procurer ? Ce qui est sure : la vie est courte, et chaque jour compte. Alors pourquoi passer 8 j par jour à l’école, pour que les parents puissent aller travailler ? QUI au final, s’y retrouve dans tout cela ?!

Mais peut-être que les films resteront dans ma tête. Grâce à Lucie, j’ai pu  faire du cinéma avec peu de moyens, et beaucoup de cœur. Si Lucie continue de vivre, ce sera déjà un beau parcours.

Vous pouvez vous inscrire sur la page Facebook de Lucie :

https://www.facebook.com/lucieapresmoiledeluge/

UN GRAND MERCI A TOUS

Sophie