Depuis 2 ans vous nous demandez les poésies de Lucie…

Nous avons retrouvé les sources grâce à Christian Rougé de France Bleu Isère…Grand merci !!!

La neige 

Elle tombe sans bruit, tourbillonne, et, discrète,

Flocon après flocon, timidement s’arrête

Sur les monts, sur les toits, sur les arbres transis,

Sur le houx qui résiste et le genêt qui ploie.

Sur l’étang solitaire où son aile se noie,

Sur la route où se hâte un passant indécis.

 

La neige ! à ce seul mot on se serre dans l’âtre

Où le hêtre encor vert tord sa flamme bleuâtre.

O la longue veillée ! ô les contes charmants !

Les histoires de loups de l’aïeul qui tisonne,

Qui font qu’on se rapproche encore et qu’on frissonne;

Et qu’on regarde vers la porte à tous moments !

 

Et les châtaignes d’or qui, dans la poêle sombre,

Partent comme des coups de pistolet dans l’ombre,

Pour le plus grand bonheur des marmots ébahis !

Et le vin blanc nouveau souriant dans les verres,

Et qui fait s’envoler des gosiers peu sévères

Les gais propos et les vieux refrains pays !

 

Le soleil sur la neige ! ô splendeurs aveuglantes!

Dans les prés, dans les champs, sur les rocs, sur les plantes,

Tout brille, tout ruisselle; on dirait que les cieux,

Réduisant en flocons les étoiles qu’ils roulent,

En ont couvert le sol pour que nos pieds les foulent,

Et qu’une heure, de près, les contemplent nos yeux.

François Fabié 

 

La plainte du bois

Dans l’âtre flamboyant le feu siffle et détone,

Et le vieux bois gémit d’une voix monotone.

Il dit qu’il était né pour vivre dans l’air pur,

Pour se nourrir de terre et s’abreuver d’azur,

Pour grandir lentement et pousser chaque année

Plus haut, toujours plus haut, sa tête couronnée,

Pour parfumer avril de ses grappes de fleurs,

Pour abriter les nids et les oiseaux siffleurs,

Pour jeter dans le vent mille chansons joyeuses,

Pour vêtir tour à tour ses robes merveilleuses,

Son manteau de printemps de fins bourgeons couvert,

Et la pourpre en automne, et l’hermine en hiver.

 

Il dit que l’homme est dur, avare et sans entrailles,

D’avoir à coups de hache et par d’âpres entailles

Tué l’arbre ; car l’arbre est un être vivant.

Il dit comme il fut bon pour l’homme bien souvent,

Qu’à nos jeunes amours et nos baisers sans nombre

Il a prêté l’alcôve obscure de son ombre,

Qu’il nous couvrait le jour de ses frais parasols

Et nous berçait la nuit aux chants des rossignols,

Et qu’ingrats, oubliant notre amour, notre enfance,

Nous coupons sans pitié le géant sans défense.

Et dans l’âtre en brasier le bois geint et se tord.

 

Ô bois, tu n’es pas sage et tu te plains à tort.

Nos mains en te coupant ne sont pas assassines.

Enchaîné, subissant l’entrave des racines,

Tu végétais au même endroit, sans mouvement,

Et conjoint à la terre inséparablement.

Toi qui veux être libre et qui proclames l’arbre

Vivant, tu demeurais planté là comme un marbre,

Captif en ton écorce ainsi qu’en un réseau,

Et tu ne devinais l’essor que par l’oiseau.

Nous t’avons délivré du sol où tu te rives,

Et te voilà flottant sur l’eau, voyant des rives

Avec leurs bateliers, leurs maisons, leurs chevaux.

Ô les cieux différents ! les horizons nouveaux !

Que de biens inconnus tu vas enfin connaître !

Quel souffle d’aventure étrange te pénètre !

Mais tout cela n’est rien. Car tu rampes encor.

Qu’on le fende et le brûle, et qu’il prenne l’essor !

Et le feu furieux te dévore la fibre.

Ah ! tu vis maintenant, tu vis, te voilà libre !

Plus haut que les parfums printaniers de tes fleurs,

Plus haut que les chansons de tes oiseaux siffleurs,

Plus haut que tes soupirs, plus haut que mes paroles,

Dans la nue et l’espace infini tu t’envoles !

Vers ces roses vapeurs où le soleil du soir

S’éteint comme une braise au fond d’un encensoir,

Vers ce firmament bleu dont la gloire allumée

Absorbe avec amour ton âme de fumée,

Vers ce mystérieux et sublime lointain

Où viendra s’éveiller demain le frais matin,

Où luiront cette nuit les splendeurs sidérales,

Monte, monte toujours, déroule tes spirales,

Monte, évanouis-toi, fuis, disparais ! Voici

Que ton dernier flocon flotte seul, aminci,

Et se fond, se dissout, s’en va. Tu perds ton être ;

Aucun oeil à présent ne peut te reconnaître ;

Et toi qui regrettais le grand ciel et l’air pur,

Ô vieux bois, tu deviens un morceau de l’azur.

Jean Richepin

 

AUX PAYSANS 

Aux Voix qui vous diront la ville et ses merveilles,

N’ouvrez pas votre coeur, paysans, mes amis !

A l’appel des cités n’ouvrez pas vos oreilles ;

Elles donnent, Hélas ! moins qu’elles n’ont promis

 

Laissez chanter le choeur des machines stridentes,

Laissez les noirs engins hurler à pleins ressorts.

De vos sage aïeux gardez les moeurs prudentes;

Et comme ils ont vécu, vivez calmes et forts!

 

La cité pour son peuple en vain se dit féconde ;

Le pain de ses enfans est plus amer que doux.

Sous un luxe qui ment, tel rit aux yeux du monde

Qui tout bas porte envie au dernier d’entre vous !

 

Paisibles et contents, la tâche terminée,

A votre chez foyer vous rentrez chaque soir.

Combien de citadins, au bout de leurs journée,

ne rapportent chez eux qu’une morne désespoir!

 

De beaux enfans vermeils, une chaste compagne,

Voient se pencher sur eux votre front adouci.

Pour la pâle ouvrier que la misère gagne,

La femme et les enfants sont âpre souci.

 

A vos champs, à vos bois, demeurez donc fidèles :

Aimez vos deux vallons, aimez votre métier.

Auguste est le travail de vos mains paternelles,

C’est de votre sueur que vit le monde entier.

 

De l’air qui vous entoure une sagesse émane;

La plante vous conseille le sol vous instruit :

Restez, dit le sillon, dont vous cueillez la manne;

Et le frêne du seuil : malheur à qui me fuit !

 

Les saisons, il est vrai, vous sont parfois cruelles;

Aux caprices des cieux vos labeurs sont soumis.

Les blés tendres encor sont broyés par les grêles,

Les vergers sont battus par les vents ennemis.

 

Le désastre pourtant n’est jamais sans remède;

Avant peu, sous vos toits , la douleur s’interrompt.

Lolive a fait défaut, les prés viendront en aide;

Si les blés ont manqué, les pampres donneront.

 

Qu’elles est hideuse à voir, la misère des villes !

De quels affreux haillons ses membres sont vêtus !

Que d’opprobres en elle et de passions viles !

La pauvreté rustique est mère de vertus.

 

Elle a sa dignité; sans envie et sans haine,

Elle va poursuivant le travail de ses bras.

Virile et bienfaisante, elle ressemble au chêne,

D’autant plus généreux sur des sols plus ingrats.

 

C’est elle revêt d’une indomptable force

Vos fils durs à la neige, insensibles au feu ;

Par elle, vous gardez, sous une rude écorce,

Les tendresses du coeur et la croyance en Dieu.

 

Si la France un matin vous aligne en phalange,

Vous savez faire honneur à votre humble berceau,

Vous, dignes héritiers des gloires sans mélange,

Frères de Jeanne d’Arc, de Hoche et de Marceau !

 

Aux Voix qui vous diront la ville et ses merveilles,

N’ouvrez pas votre coeur, paysans, mes amis !

A l’appel des cités n’ouvrez pas vos oreilles ;

Elles donnent, Hélas ! moins qu’elles n’ont promis

J.AUTRAN

 

de mémoire de Lucie (source non retrouvée)

Le feu

Que de bien le feu nous donne

Qu’il nous donne de plaisir

Partout il brille et rayonne

Pour contenter nos désirs.

Le feu, le feu nous rend tout joyeux

Nous rend tout heureux

Vive le feu !